Le bilan de la représentation homosexuelle en animation japonaise n'est guère glorieux. Souvent mélange immonde de clichés, stéréotypes pesants et fantasmes réducteurs, ce qui pourrait sans peine donner naissance à de grandes et belles histoires d'amour, comme on en trouve de temps à autres sur support papier, se résume souvent à un inintérêt probant. Il faut sans cesse aller chercher du côté d'œuvres qui ne s'en revendiquent pas en premier lieu pour trouver des pépites dans le genre. Un constat regrettable que Hitorijime My Hero ne remet hélas pas en cause.
La première et seule originalité de l'anime repose en la manière dont se succèdent deux histoires d'amour. Durant quelques brèves scènes, l'anime réussit d'ailleurs parfois à être très juste quant au sentiment amoureux adolescent. La mise en relation de l'antériorité et de sa conception, ainsi que l'instant durant lequel la limite entre amitié et amour est rompue sont cohérentes et pertinentes. Le retour soudain des stéréotypes relationnels propres au genre (grossièrement dominant et dominé) n'en est que d'autant plus regrettable.
Sur les deux parties que l'on peut dégager dans l'anime, il est évident que la première est de très loin la plus intéressante. Malheureusement, la romance qui en ressort est immédiatement écartée comme un élément de contexte particulièrement développé au profit d'une autre romance qui pourrait être intéressante si elle n'entendait pas explorer avec grande fadeur les relations de pouvoir et de nécessité au sein du couple. L'anime repique inévitablement sur les codes connus du yaoi au prix d'une animation à la rue, d'un engagement artistique inexistant et d'un scénario d'une platitude remarquable.
En somme, cette critique est à l'image de ce que fut l'anime : court et un peu vide. Indéniablement une romance agréable mais qui me fut agréable uniquement parce qu'elle était homosexuelle. Il est drôle d'avouer que l'on apprécie les choses simplement par leur existence, en dehors de toute considération qualitative, juste pour leur rareté malheureuse. Et le spectateur avide écarte la platitude, tout ce qu'il vomirait d'ordinaire. Il ne s'agit que de se repaître d'adorable, sorte d'instinct primaire qui ne pousse qu'à la honte. Car ne nous mentons pas : si cette romance avait été hétérosexuelle, jamais je n'aurais passé le premier épisode.